Foucault News

News and resources on French thinker Michel Foucault (1926-1984)

L’abécédaire de Michel Foucault. Revue Ballast 25 janvier 2023

[…]
nous prolongeons la discussion en 26 lettres.

Anormal : « Par pensée médicale, j’entends une façon de percevoir les choses qui s’organise autour de la norme, c’est-à-dire qui essaie de partager ce qui est normal de ce qui est anormal, qui n’est pas tout à fait justement le licite et l’illicite ; la pensée juridique distingue le licite et l’illicite, la pensée médicale distingue le normal et l’anormal ; elle se donne, elle cherche aussi à se donner des moyens de correction qui ne sont pas exactement des moyens de punition, mais des moyens de transformation de l’individu, toute une technologie du comportement de l’être humain qui est liée à cela. » (« Le pouvoir, une bête magnifique », entretien avec M. Osorio, Quadernos para el dialogo, n° 238, 1977, dans Dits et écrits, t. II, Gallimard, 1994)

Biopolitique : « Ce pouvoir sur la vie s’est développé depuis le XVIIe siècle sous deux formes principales […]. L’un des pôles, le premier, semble-t-il, à s’être formé, a été centré sur le corps comme machine : son dressage, la majoration de ses aptitudes, l’extorsion de ses forces, la croissance parallèle de son utilité et de sa docilité, son intégration à des systèmes de contrôle efficaces et économiques, tout cela a été assuré par des procédures de pouvoir qui caractérisent les disciplines : anatomo-politique du corps humain. Le second, qui s’est formé un peu plus tard, vers le milieu du XVIIIe siècle, est centré sur le corps-espèce, sur le corps traversé par la mécanique du vivant et servant de support aux processus biologiques : la prolifération, les naissances et la mortalité, le niveau de santé, la durée de vie, la longévité avec toutes les conditions qui peuvent les faire varier ; leur prise en charge s’opère par toute une série d’interventions et de contrôles régulateurs : une bio-politique de la population. Les disciplines du corps et les régulations de la population constituent les deux pôles autour desquels s’est déployée l’organisation du pouvoir sur la vie. » (Histoire de la sexualité t. I. La Volonté de savoir, Gallimard, 1976)

Suite

Daniel Defert, philosophe, sociologue et figure de la lutte contre le sida, est mort

Daniel Defert (2015)
by Claude Truong-Ngoc


L’universitaire a été à l’origine de la création de l’association Aides en 1984, après la disparition de son compagnon, Michel Foucault.

Par Franck Nouchi
Le Monde, 7 janvier 2023
Translation into English can be found here

[Editor: I will add further links as they come in. Last updated 15 Feb 2023]

French Anti-AIDS Activist Daniel Defert Dies At 85 – AFP – Agence France Presse, February 7, 2023

French sociologist Daniel Defert, who was a leading figure in the country’s fight against AIDS, died Tuesday at the age of 85, according to an organisation he founded.

“It is with deep sadness that we learn this evening of the death of Daniel Defert,” Aides, a French anti-AIDS organisation, tweeted on Tuesday.

“He leaves behind him the indelible memory of a life of activism and the principles of action that the 2,200 activists are perpetuating on a daily basis,” it said.

Defert was the partner of French philosopher Michel Foucault for more than 20 years.

He said in 1996 that the “lies” and “misunderstandings” surrounding Foucault’s death led him to become involved in the anti-AIDS movement.

Former French minister of health Roselyne Bachelot tweeted: “Immense gratitude to our dearest Daniel Defert. So many memories of our struggles to fight all forms of discrimination.”

“He is a fighter whose voice will be missed,” the mayor of Paris, Anne Hidalgo, tweeted.

Additional links

Décès de Daniel Defert, Elysée, Publié le 8 février 2023. Official site of the President of France
[…]
Le Président de la République et son épouse saluent l’œuvre de ce militant et éveilleur de consciences qui changea la vie de milliers de personnes frappées par le sida, et, à partir de leur expérience, transforma nos politiques publiques de santé. Ils adressent à ses proches, à tous ceux qui sont redevables de son engagement, à tous ceux qui le rejoignirent et l’admirèrent, leurs condoléances attristées.

Juliette Cerf, Mort de Daniel Defert, figure de la lutte contre le sida et éternel militant, Télérama, 8/2/23

Eric Favereau, Mort de Daniel Defert, fondateur d’Aides : l’élégance au service des malades, Libération, 7 février 2023
Article réservé aux abonnés

Militant de gauche et compagnon de Michel Foucault, il s’est engagé à bras-le-corps, à la mort du philosophe, dans la lutte contre le sida. Changeant les regards sur le rôle et la place des malades.

C’est une des plus belles personnalités du monde de la santé de ces cinquante dernières années qui vient de mourir. Mais aussi une des plus utiles, un artisan essentiel de la place des malades dans le système de santé, avec la création de l’association Aides qui deviendra la plus importante structure de lutte contre le sida en Europe. Daniel Defert est mort ce mardi 7 février, à 85 ans.

Sa vie ? Elle peut se résumer en cette attitude unique qu’il a eue lors du décès de son compagnon de vingt années, en juin 1984, le philosophe Michel Foucault, mort du sida, un virus alors bien mal connu. «J’ai voulu transformer mon deuil en un combat», nous disait-il. Et c’est ce qu’il fit.

Dans le monde de l’engagement politique, Daniel Defert était un militant juste et élégant. Ecouter est le mot qui lui allait le mieux. Daniel Defert lisait aussi beaucoup. Voyageait autant. Il adorait rencontrer des gens nouveaux, les entendre, puis discuter. Et surtout, il avait de son passé de militant une passion du terrain, avec le souci de «donner la parole».
[…]

Didier Fassin : « Une surveillance s’exerce sur la recherche » (2023), L’Humanité, 3 Février 2023, Latifa Madani

Dans son dernier livre, La Recherche à l’épreuve du politique, l’anthropologue et sociologue alerte sur les dangers auxquels s’exposent les chercheurs et plaide pour la liberté du champ des savoirs.

La recherche est une épreuve à risques. En particulier lorsque la politique s’en mêle. Risques pour les chercheurs et menace pour la démocratie. À l’appui de son expérience, que ce soit auprès des Amérindiens en Équateur, des policiers de la région parisienne ou des maraudeurs à la recherche d’exilés à Briançon (Hautes-Alpes), Didier Fassin décrypte les atteintes à la pratique des savoirs dans son ouvrage (1). Anthropologue, sociologue et médecin, professeur au Collège de France et à l’Institut d’étude avancée de Princeton, le directeur d’études à l’EHESS relate comment le chercheur, notamment en sciences humaines et sociales, s’expose, dès lors que ses travaux dévoilent les rapports de domination et de pouvoir. La situation est grave sous des régimes autoritaires, mais dans nos pays, les pressions se sont multipliées, accentuant la censure et l’autocensure. Outre qu’il affaiblit le champ académique, ce phénomène met aussi en danger les personnes qui font l’objet de ces études.
[…]

Q: Vous n’éludez pas la responsabilité de ceux qui conduisent ces recherches. En quoi sont-ils responsables ?

Didier Fassin: Que les chercheuses et les chercheurs traversent certaines épreuves lorsqu’ils travaillent sur des sujets sensibles, notamment auprès de personnes réduites à vivre aux marges de la société, exilées dans un cas, voyageuses dans l’autre, ne doit pas faire oublier que ces personnes traversent des épreuves bien plus dures, elles aussi imposées par l’État. Cette situation donne aux sociologues et anthropologues une responsabilité. Celle de mener à bien leur recherche, de la conduire à son terme et d’en restituer la matière à la société. Celle de rendre intelligibles des faits déformés par la présentation qu’en donnent les politiques et, bien souvent, les médias, tandis que personne ne songe à écouter ce que ces personnes ont à dire. Dans son dernier cours au Collège de France, Michel Foucault appelait cela « le courage de la vérité ».

Adam Kirsch, Why more people want human extinction: climate change, an AI ‘singularity’, and merging with a cosmic flow of data, South China Morning Post Magazine, 29 Jan 2023

Man is an invention of recent date. And one perhaps nearing its end.”
With this declaration in The Order of Things (1966), the French philosopher Michel Foucault heralded a new way of thinking that would transform the humanities and social sciences.

Foucault’s central idea was that the ways we understand ourselves as human beings aren’t timeless or natural, no matter how much we take them for granted. Rather, the modern concept of “man” was invented in the 18th century, with the emergence of new modes of thinking about biology, society and language, and eventually it will be replaced in turn.

As Foucault writes in the book’s famous last sentence, one day “man would be erased, like a face drawn in the sand at the edge of the sea”.
The image is eerie, but he claimed to find it “a source of profound relief”, because it implies that human ideas and institutions aren’t fixed. They can be endlessly reconfigured, maybe even for the better.

[…]
Humanity may be destined to disappear someday, but almost everyone would agree that the day should be postponed as long as possible, just as most individuals generally try to delay the inevitable end of their own life.

In recent years, however, a disparate group of thinkers has begun to challenge this core assumption. From Silicon Valley boardrooms to rural communes to academic philosophy departments, a seemingly inconceivable idea is being seriously discussed: that the end of humanity’s reign on Earth is imminent, and that we should welcome it.
[…]

Adam Kirsch is an American poet and literary critic.

Richard Sennett and Michel Foucault, Sennett and Foucault on Sexuality and Solitude (1979)
New Books Network, 2 Feb 2023.

[See site for recording]

In 1979, sociologist and NYIH founder Richard Sennett, and philosopher Michel Foucault, discussed the connections between the history of sexuality and self consciousness. In this episode from the Vault, the two discuss their research and, by extension, the underpinnings of the idea of solitude.

Herer, M.
The Courage of Untruth?
(2022) Eidos: A Journal for Philosophy of Culture, 6 (2), pp. 62-69.

DOI: 10.14394/eidos.jpc.2022.0016

Abstract
Michel Foucault defined parrhesia as “the free courage by which one binds oneself in the act of telling the truth.” Could telling objective untruth also be a parrhesiastic act, insofar as it requires courage and initiates subjectivation? Climate deniers, anti-vaccinationists and other groups that delegitimize the authority of science present themselves as courageously standing up against the dominant discourse, as rebellious subjects who speak the inconvenient and unaccepted truths. It is not difficult to prove that their truths are untruths, but it remains problematic to distinguish true courage from its simulacra. This article argues that Foucault’s investigations of truth, subjectivity, and power become of great use in the face of today’s confusion. The phenomenon of post-truth cannot be explained simply as the product of postmodern relativism. The will-to-truth, along with the will to constitute oneself as a truth-telling subject, persists, requiring critical analysis more than ever. What may prove politically efficient is to engage in the kind of critique that would account for actual power relations and unmask false courage rather than debunk specific concepts or ideas. © 2022, University of Warsaw. All rights reserved.

Author Keywords
courage; Michel Foucault; parrhesia; post-truth; power; subjectivity; truth

Garlen, J.C., Hembruff, S.L.
Children as ‘difference makers’: viral discourses of childhood innocence and activism in #Blacklivesmatter
(2022) Children’s Geographies

DOI: 10.1080/14733285.2022.2142037

Abstract
Viral images on social media during the Black Lives Matter protests of 2020 brought heightened attention to the debate over children’s political participation. Therefore, our inquiry sought to discover what the circulation of and response to viral images of children engaged in protest might tell us about the discursive landscapes of childhood in regard to children’s social and political participation. We describe the historical and discursive context that has positioned children’s agency in opposition to innocence. Informed by Foucault’s theory of discourse, we situate Internet virality as a social practice and analyze the videos and still images alongside the accompanying commentary from online news and social media. We ask what these viral image responses reveal about the socially and historically situated construct of childhood innocence and what implications these revelations might hold for adult perspectives on children as political actors and co-participants in social change. We explore themes of participation, privilege, and protection that emerged from a cross-comparison of the video commentary and consider how these themes could inform ongoing efforts to reframe childhood discourse in light of social justice. © 2022 Informa UK Limited, trading as Taylor & Francis Group.

Author Keywords
child activism; child agency; Childhood innocence; social media

Octave Larmagnac-Matheron, Vaccin pour abeilles : quand la biopolitique touche les animaux, Philosophie magazine, 23 janvier 2023

C’est une première : un vaccin pour abeilles domestiques a été autorisé aux États-Unis. L’objectif : protéger les insectes contre la bactérie Paenibacillus larvae qui décime les ruches, et par conséquent la filière apicole. Foucault y verrait peut-être une extension du domaine de la biopolitique.

Avec l’autorisation de vaccins pour abeilles outre-Atlantique, la « biopolitique », concept développé par Michel Foucault, est-elle en train de s’étendre non plus seulement aux êtres humains, mais également aux animaux ? Pour répondre à la question, il faut revenir en quelques mots au sens que recouvre cette notion.
[…]

shelleytremain's avatarBIOPOLITICAL PHILOSOPHY

A reminder that this Friday, that is, Friday, February 3rd, at 12:00pm, I will present a Zoom talk entitled “Bioethics De-Mystified: Disaster Ableism and the Utility of Epistemologies of Crisis” to the Department of Philosophy at Université du Québec à Montréal (UQAM).

The talk is part of the Webinaire Justice Épistémique // Epistemic JusticeWebinar, an online lecture series that Amandine Catala, Canada Research Chair in Epistemic Justice and Agency, has organized.

I will present some of my work on the apparatus of disability, bioethics, MAiD, and neoliberalism, as well as introduce some new work from “Disabling Bioethics: An Abolitionist Genealogy,” my contribution to Genealogy: A Genealogy, which is edited by Verena Erlenbusch-Anderson and Daniele Lorenzini and forthcoming from Columbia University Press.

Registration information and other information about the webinar is here: https://philo.uqam.ca/babillard/webinaire-justice-epistemique/

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Michelle Perrot, Punir et comprendre. Entretiens avec Frédéric Chauvaud, Presses Universitaires de Rennes, 2023.

Les éditions PUR proposent d’en découvrir les premières pages

Ce livre d’entretiens revient sur un itinéraire et des chantiers ouverts dès les années 1970. Il restitue les rencontres, les échanges et les travaux menés avec Michel Foucault ou Robert Badinter. Cette histoire pénitentiaire s’ouvre par la révolte des prisons, en France comme aux États-Unis, et montre comment la question carcérale est devenue d’actualité. Michelle Perrot pousse ensuite les portes des maisons d’arrêt et des centrales, s’intéresse aux « modèles » d’enfermement, mais aussi au « gibier pénal », c’est-à-dire aux détenus et aux prisonnières. Elle s’arrête enfin sur la séduction du fait divers qui, par la médiatisation du crime, attise le voyeurisme mais constitue aussi une entrée pour saisir l’état d’une société et la part obscure des individus.