Foucault News

News and resources on French thinker Michel Foucault (1926-1984)

L’Essai et la revue du jour
par Jacques Munier

France Culture, 9 June 2015
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Michel Foucault : Théories et institutions pénales. Cours au Collège de France 1971-1972 (EHESS/Gallimard/Seuil)

« C’est un document exceptionnel » préviennent les éditeurs François Ewald et Bernard E. Harcourt dans le texte qu’ils consacrent à la Situation du cours, à la fois dans l’époque – l’immédiat après mai 68 et l’émergence de « nouveaux mouvements sociaux – mais aussi dans le parcours intellectuel de Foucault, dont c’est le deuxième cours prononcé au Collège de France. On voit dans ces treize leçons prendre forme la méthode généalogique qui sera sa « marque de fabrique », ainsi que sa théorie du pouvoir, saisi à travers la diversité de ses applications concrètes (police, justice, prison, folie, médecine, sexualité etc.) Il s’agit en l’occurrence de montrer la naissance au XVIIe siècle absolutiste de l’appareil répressif moderne et de l’État judiciaire à partir de l’analyse minutieuse d’une opération de « justice armée » destinée à mettre fin à la révolte antifiscale des Nu-pieds en Normandie. Mais l’actualité s’insinue dans l’histoire, comme toujours chez Foucault, et d’abord de la manière la plus directe. En cette fin d’année 1971 la répression est à l’ordre du jour, en particulier contre les militants de la « Gauche prolétarienne » emprisonnés. La présence policière reste très forte au Quartier Latin et lorsque Foucault commence ses cours il faut encore franchir plusieurs cordons de CRS pour entrer au Collège de France. Dès l’ouverture il pose la question de « la raison d’être de ce cours ». Réponse : « il suffit d’ouvrir les yeux »…

On le savait très engagé dans ces années 1971-72, notamment au sein du GIP, le « Groupe d’informations sur les prisons » et certains en ont déduit que cette activité militante avait fait passer au second plan le travail de la pensée. On voit avec ces cours qu’il n’en était rien, même si Surveiller et punir ne paraîtra que quatre ans plus tard. C’est même, insistent les éditeurs, « une des périodes les plus riches, les plus innovantes, sans doute les plus intenses » de sa vie. On assiste en effet dans ces leçons à la mise en œuvre de l’entreprise généalogique, d’inspiration nietzschéenne, comme méthode d’investigation philosophique. Dans le cours de 1975, Il faut défendre la société, il la définit ainsi : « Appelons, si vous voulez, généalogie, le couplage des connaissances érudites et des mémoires locales, couplage qui permet la constitution d’un savoir historique des luttes et l’utilisation de ce savoir dans les tactiques actuelles. » Immédiatement après Théories et institutions pénales, dans le cours de l’année suivante sur La société punitive, il élargit la focale à l’ensemble des sociétés à économie capitaliste, brassant un matériel historique jusque-là inédit concernant l’économie politique classique, les Quakers et « Dissenters » anglais, leur philanthropie, leur conception du pénitentiaire dans le pénal et de la moralisation du temps ouvrier.

Dans son cours précédent, le premier au Collège de France, sous l’intitulé La volonté de savoir, il était revenu aux institutions grecques de la justice (le serment, la juste mesure, la loi, les rituels de purification). La mesure, en particulier, y était décrite comme une forme de « pouvoir-savoir ». Ici, c’est l’enquête qui devient la forme judiciaire de référence, et le passage de la pratique accusatoire à la pratique inquisitoire, avec ce qu’elle emprunte à l’administration carolingienne, mais surtout au modèle de gestion et de contrôle ecclésiastique. On voit se déployer la remarquable cohérence de la démarche. Foucault embrasse d’un même regard à partir de positions dispersées dans le temps, la constitution progressive de l’État moderne, la fin du monde féodal qui conduira les seigneurs à abandonner leur privilège de justice à une instance royale centralisée, le moment où punir devient « enfermer », où l’on passe dans l’économie de la justice d’un prélèvement sur les biens, d’un supplice public et spectaculaire, à une ségrégation des hommes, par l’élimination – enrôlement, enfermement, travaux forcés – des chômeurs, vagabonds, brigands « qui servaient de cadre – je cite – de fer de lance, d’agents de communication des révoltes ». Et il ne lui suffit pas de voir dans la répression – orchestrée par Richelieu – d’une émeute antifiscale la naissance de l’État moderne, mais d’y lire le mouvement social dont il est contemporain comme devant s’inscrire dans cette réalité du « pouvoir ».

« Toutes les grandes phases d’évolution du système pénal sont des façons de répondre à des formes de luttes populaires » conclut Foucault, qui s’emploie à montrer dans ce cours que le droit pénal n’est pas une réaction à la délinquance ou à la criminalité, lesquelles sont plutôt produites par lui comme effet d’une lutte sociale.

2 thoughts on “Radio France Culture: Michel Foucault : Théories et institutions pénales.

  1. Peter Gratton says:

    Reblogged this on PHILOSOPHY IN A TIME OF ERROR.

  2. stuartelden says:

    Reblogged this on Progressive Geographies and commented:
    A short piece on the most recent Foucault lecture course.

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