Foucault News

News and resources on French thinker Michel Foucault (1926-1984)

Frédéric Gros : “Selon Foucault, la folie n’est rien d’autre que l’inquiétude de la raison”, France Culture, Publié le vendredi 21 février 2025. Radio program, podcast

Le philosophe Frédéric Gros nous parle de l'”Histoire de la folie à l’âge classique”, texte qui l’a bouleversé et dans lequel Michel Foucault trace une ligne de crête entre l’exaltation de la raison et l’idéalisation de la folie. Comment appréhender la folie sans l’enfermer dans le pouvoir médical ?

Avec
Frédéric Gros, Philosophe, essayiste, professeur de pensée politique à Sciences-po Paris

Le philosophe Frédéric Gros s’apprêtait à délaisser le monde académique lorsqu’il a découvert l’œuvre de Michel Foucault, par le biais de l’Histoire de la folie à l’âge classique : “je ne comprenais rien mais j’étais émerveillé par la texture granuleuse du texte. J’ai été impressionné, séduit et emporté par le mouvement de l’écriture : il y avait quelque chose comme un souffle lyrique. J’avais du mal à me repérer dans le texte, à saisir ce qui était important ou accessoire, c’était une vraie expérience d’étrangeté.”

Laisser remonter la folie première du monde
Selon Frédéric Gros, Foucault nous montre dans ce texte que nous n’avons pas toujours considéré la folie comme une maladie : cette tendance date du 19ème siècle. “Il invite à laisser remonter de notre culture d’autres expériences de la folie. Selon Foucault, derrière nos discours raisonnables grouille quelque chose comme une folie première du monde, qui parfois déborde. Il y a là l’idée d’un délire premier qu’on a réussi à maîtriser par nos paroles.” Ainsi, Foucault nous invite à faire une expérience de pensée, dont il n’arrive à rendre compte que par un langage qui brasse à la fois concepts et images, “qui déstabilise le beau parler français”.

“Néanmoins Foucault est très conscient qu’il existe un risque de romantisation de la folie, c’est pour ça qu’il écrit que la folie est absence d’œuvre : il ne prétend pas qu’il y a une alliance entre le génie et la folie, qui demeure pour beaucoup une souffrance psychique intolérable.”

Derrière chaque vérité se cache une opération de pouvoir
Frédéric Gros évoque la manière dont les psychiatres ont ressenti cet ouvrage : “comme un outrage, une insulte, une provocation et une déstabilisation, car Foucault y affirme que la folie n’est rien d’autre que l’inquiétude de la raison”. En effet, le philosophe démontre que la psychiatrie est un “dispositif de pouvoir-savoir”, puisqu’elle crée la vérité qu’elle affirme connaître – sans pour autant prétendre qu’elle est un montage idéologique.

“Foucault nous oblige à abandonner le fantasme d’une autorité décisoire et définitive de la Raison. Selon lui, la vérité ne peut cesser d’être dogmatique que si elle accepte d’être inquiète d’elle même – mais bien sûr qu’il nous faut des vérités.”

“Pour moi, Flaubert est glacial”
“J’aime sa correspondance, mais il y a quelque chose de tellement maîtrisé chez Flaubert que son œuvre me tombe des mains. En même temps, je me dis que je passe à côté de quelque chose, mais ça n’a pas résonné chez moi. Et pourtant Foucault l’adorait….”

Leave a comment

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.