Foucault News

News and resources on French thinker Michel Foucault (1926-1984)

Appel à Communications
6èmes Journées d’études sur l’Épistémologie Historique
Épistémologie historique et épistémologie de l’histoire

Paris, 4-5-6 juin 2020
(English in Separate post)

Les journées d’études sont organisées par
Épistémologie Historique. Research Network on the History and the Methods of Historical Epistemology
avec le soutien de

École doctorale de Philosophie – ED 280 (Paris 1)
IHPST (UMR 8590, Paris 1/CNRS)
PhiCO/ISJPS (UMR 8103, Paris 1)

République des Savoirs (USR 3608, ENS/ Collège de France/CNRS)
École doctorale Lettres, Arts, Sciences humaines et sociales ED 540 (ENS) – EUR Translitteræ (PSL)

Maison d’Auguste Comte

L’étude des rapports que l’épistémologie historique entretient avec l’histoire révèle un paradoxe : d’un côté, la notion même d’épistémologie historique confère à l’histoire un rôle essentiel, en proposant de lier entre elles la réflexion philosophique sur les sciences et la prise en compte de leur historicité. Mais, d’un autre côté, force est de constater que l’épistémologie historique s’est très peu intéressée à la discipline historienne en tant que telle. Ainsi l’épistémologie historique n’a-t-elle pas développé, du moins à l’origine, une épistémologie de l’histoire.

On peut trouver l’origine de ce paradoxe dans les textes de Gaston Bachelard qui ont posé les jalons de l’historiographie propre à l’épistémologie historique. En affirmant que l’histoire des sciences ne pouvait être une histoire comme les autres, Bachelard y opposait point par point les exigences de l’historiographie traditionnelle — la rigueur descriptive et le souci d’éviter les anachronismes — et celles de l’histoire des sciences qu’il souhaitait promouvoir, qu’il présentait comme une histoire du progrès scientifique, résolument rétrospective et normative.

Dans la perspective de Bachelard, qui ne reconnaît d’autre forme d’historicité que celle de l’accès à la scientificité, on peut ainsi poser la question de savoir si la discipline historienne possède elle-même une histoire comparable à celle de la physique ou des mathématiques, ou si elle se rapproche davantage de l’anhistoricité du préscientifique. Les héritages pluriels de l’épistémologie bachelardienne que l’on a pu rassembler sous la notion d’épistémologie historique se sont caractérisés par différentes manières de répondre à cette question ou de la reformuler. Certains auteurs ont tenté d’appliquer les concepts et les méthodes de l’épistémologie historique à l’histoire elle-même. C’est le cas de Louis Althusser, qui présente l’émergence du matérialisme historique comme le dépassement d’une histoire idéologique et l’accès à une science de l’histoire. L’épistémologie historique s’intéresserait alors à l’histoire dans la mesure où celle-ci est capable d’accéder à une scientificité comparable à celle des sciences de la nature. Une tentative un peu différente de resserrer les liens entre l’épistémologie historique et l’histoire générale est proposée par L’Archéologie du savoir, qui s’inspire de l’épistémologie bachelardienne et de l’histoire des Annales pour élaborer un nouveau manifeste historiographique. Foucault nous inviterait alors à modifier les catégories initiales de l’épistémologie historique, pour poser la question plus générale du découpage des formations discursives, question qui s’appliquerait aussi bien à la science qu’aux autres phénomènes discursifs. Malgré ce précédent foucaldien, on peut se demander si les présupposés de l’historiographie bachelardienne ne font pas partie des facteurs qui pourraient expliquer la faible intensité des relations entre l’histoire des sciences et l’histoire des mentalités, que l’on a régulièrement déplorée.

Des auteurs comme Gilles-Gaston Granger, dont on connaît l’influence sur Paul Veyne, ont plutôt cherché à justifier le fait que l’épistémologie historique n’ait pas pris pour objet la discipline historienne, en avançant différents arguments pour montrer que l’histoire n’est pas une science. On pourra interroger, dans cette perspective, le statut qui est alors conféré à la démarche historienne, et se demander si le fait de refuser à l’histoire la scientificité ne vient pas, en retour, fragiliser subrepticement une épistémologie historique qui s’appuie sur l’histoire des sciences. On pourra finalement étudier des auteurs qui, tout en remettant en cause l’idée que l’histoire puisse être une science au même titre que les sciences de la nature, ont cependant refusé de la rapprocher de la connaissance commune : c’est ainsi le cas de Jean-Claude Passeron qui, tout en s’inspirant de l’épistémologie historique, revendique l’existence d’une différence radicale entre le régime de scientificité des sciences historiques et celles des sciences expérimentales, et montre que cette différence affecte les types de progrès et de discontinuités dont ces sciences sont susceptibles. On pourra ainsi se demander s’il n’est pas utile de revenir sur la distinction bachelardienne entre histoire des sciences et histoire générale en remarquant les différences entre les histoires des différentes disciplines scientifiques. La question, en effet, ne concerne pas seulement la discipline historienne en tant que telle, mais toutes les sciences qui se veulent “historiques” dans la mesure où elles portent sur des événements ayant eu lieu dans le passé et qui vont des diverses sciences humaines et sociales à la géologie ou à la biologie de l’évolution, pour ne citer que des exemples. Ces sciences sont-elles toutes historiques dans le même sens ? Dans quel sens et dans quelle mesure une discipline peut-elle se dire “historique” ? De quelle manière l’historicité d’une science est-elle liée à l’historicité de son objet et de ses méthodes ?

Trois sont donc les axes que nous voudrions analyser à l’occasion de ces journées :

Axe 1 : Quelle est la spécificité de l’histoire des sciences par rapport à d’autres démarches historiennes ?
Axe 2 : Vers une épistémologie historique de l’histoire ?
Axe 3 : La pluralité des rapports entre historicité et objets scientifiques dans les savoirs formels, sciences de la vie, sciences de la matière, sciences humaines et sociales.

Comme les années précédentes, nous souhaitons que le sujet retenu soit l’occasion d’une rencontre entre des philosophes et historiens des sciences aux options méthodologiques variées. Nous désirons donc recevoir des propositions adoptant dans des proportions diverses une approche historique et/ou analytique appliquée à la clarification critique de certains des concepts les plus centraux des sciences “sciences historiques” au sens large, allant de l’histoire historienne aux sciences sociales et aux sciences de la vie.

Les propositions d’interventions (max 500 mots, plus une courte présentation du candidat) sont à nous faire parvenir, avant le 15 mars 2020 (date de réponse le 1 avril), en format word ou pdf à epistemologiehistorique@gmail.com. Les deux langues des journées seront le français et l’anglais.

Confirmed Keynotes
Sophie Roux (ENS)
Paul A. Roth (California)

Comité d’organisation

Matteo Vagelli (coordinateur)
Ivan Moya Diez (coordinateur)
Caroline Angleraux
Marcos Camolezi
Lucie Fabry
Victor Lefèvre

Comité Scientifique
Christian Bonnet, CHSPM Paris 1
Jean-François Braunstein, PhiCo Paris 1
Hasok Chang, Cambridge University
Cristina Chimisso, Open University, UK
Arnold I. Davidson, Université de Chicago
Moritz Epple, Université de Francfort
Pierre Wagner, IHPST Paris 1

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