Antoine Garapon, Michel Foucault, visionnaire du droit contemporain, Raisons politiques, 2013/4 (N° 52), pp. 39-49
DOI : 10.3917/rai.052.0039.
Résumé
Cet article analyse les mutations contemporaines du droit. Il constate une évolution paradoxaledes pratiques juridiques néolibérales « à l’ombre du droit » : une tendance à chercher une solution aux controverses juridiques en dehors des tribunaux, à travers des modalités d’accord et de compensation. L’application de la loi est perçue comme une menace et un danger (notamment sur le plan économique), plutôt que comme une garantie de protection. Une nouvelle forme de subjectivité juridique comme capacité immédiate de calcul et de négociation se substitue progressivement au sujet titulaire de droits et de libertés inaliénables, exposant pourtant les individus et les entreprises au risque de subir des pressions les incitant à renoncer à défendre leurs droits, au nom même de leur intérêt.
Antoine Garapon est magistrat, docteur en droit, secrétaire général de l’Institut des Hautes Études sur la Justice et ancien juge des enfants. Il est l’auteur de nombreux ouvrages consacrés au droit et à la justice, dont : Peut-on réparer l’histoire ? Colonisation, esclavage, Shoah (Paris, Odile Jacob, 2008) ; La raison du moindre État. Le néolibéralisme et la justice (Paris, Odile Jacob, 2010) ; Bien juger. Essai sur le rituel judiciaire (Paris, Odile Jacob, 2010). Il anime l’émission radiophonique « Le bien commun » sur France Culture, et dirige la collection Le bien commun aux Éditions Michalon. Il est également membre du comité de rédaction de la revue de philosophie Esprit.
Michel Foucault: a visionary insight into contemporary law
This article focuses on the contemporary transformations of the field of law. It underlines a paradox in the evolution of neoliberal juridical practices, which take more and more place “in the shadow of the law”. A tendency arises to try to find a solution to legal controversies outside the law courts, by means of agreements and compensations. Law enforcement actions are perceived as a danger (especially in an economic sense) and not as a guarantee of protection. A new form of juridical subjectivity as immediate capacity of calculating and negotiating is gradually replacing the subject of inalienable rights and freedoms. But this process risks putting pressure on individuals and enterprises to give up their rights in the name of their own interest.
PLAN DE L’ARTICLE
1. Le droit de la sortie du droit
Des droits fondamentaux à un armement des sujets
De l’observation d’une règle à une coopération avec l’autorité
Un sujet unidimensionnel
2. Un droit « connecté » à l’économie
3. Un droit praticable
Des pratiques sans législateur ?