Pierre Rivière – Infamie et Normalisation
13 avril 2014 par Maria Muhle, Ici et Ailleurs
Les trois termes qui donnent le titre à notre colloque, « Exclusion, discipline, terreur », mettent en perspective deux points fondamentaux de l’analytique du pouvoir élaborée par Michel Foucault : D’une part, il s’agit de la discussion entamée depuis la publication de la Volonté de Savoir en 1976 au moins, autour du partage entre les différents régimes de pouvoir dont parle Michel Foucault ; et d’autre part, il s’agit de la question épineuse de la « positivité » du pouvoir que Foucault semble définir en introduisant la notion de biopolitique comme « un pouvoir qui investit la vie de part en part ». Le malaise formulé dans l’exposé par rapport à ces questions étant celui de savoir si vraiment le pouvoir moderne biopolitico-gouvernemental peut se passer du recours aux techniques répressives, d’exclusion voire de terreur. Foucault lui-même a souligné dans la Volonté de savoir que le XXème siècle, siècle biopolitique donc, a été bien plus meurtrier que les siècles précédents et que le pouvoir biopolitique se doublait donc d’un « formidable pouvoir de mort » ou d’une thanato-politique. On connaît les analyses d’Agamben qui, à partir d’ici, a tenté de montrer que toute biopolitique était au fond traversée par un pouvoir souverain d’exception. Je pense, néanmoins, que cette interprétation passe à côté de l’analyse de biopouvoir de Foucault qu’elle homogénéise du côté du pouvoir souverain, et qu’il faudra repenser la « labilité des dispositifs du pouvoir » dont il est question dans l’exposé en termes généalogiques, en se tournant, justement, vers les écrits des années 1970–75 autour du rapport entre le savoir psychiatrique sur les anormaux et leur prise dans les dispositifs disciplinaires qui viennent à constituer la généalogie directe, si l’on veut, de ce que Foucault appellera en 1976 la biopolitique ou, un an plus tard, la gouvernementalité : l’exclusion, technique principale du pouvoir psychiatrique, se maintient donc à l’intérieur du dispositif biopolitico-gouvernemental à travers le pouvoir de normalisation mais elle y change d’apparence : car le trait fondamental de la normalisation comme mécanisme fondamental des dispositifs de sécurité est de projeter l’exclusion dans le futur, c’est-à-dire d’élaborer des analyses de risques futurs ainsi que de mettre à disposition des moyens pour remédier à ces risques avant d’avoir pris forme.