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bucema7Michel Senellart, « Michel Foucault : une autre histoire du christianisme ? », Bulletin du centre d’études médiévales d’Auxerre | BUCEMA [En ligne], Hors-série n°7 | 2013, mis en ligne le 29 mars 2013, consulté le 24 avril 2013.
https://doi.org/10.4000/cem.12872

Extrait
La question du christianisme, à partir du milieu des années 70, occupe une place croissante dans le travail de Foucault. Elle est abordée de différents points de vue : celui des disciplines, tout d’abord, et du processus de normalisation sociale à l’âge classique, puis celui du pastorat, comme matrice de la gouvernementalité moderne, celui, enfin, de la véridiction, avec la comparaison des formes antique et chrétienne d’examen de conscience et de parrhesia. Si les angles d’approche varient, l’analyse foucaldienne, en revanche, suit un fil directeur assez constant, à travers la problématique générale de l’aveu, c’est-à-dire du rapport spécifique, dans la culture chrétienne, qui lie le sujet à sa propre vérité, en vue d’assurer son salut. Il est permis, dès lors, de considérer la recherche de Foucault comme les fragments successifs d’une « analytique » du christianisme visant à mettre en relief les formes originales de production de la subjectivité élaborées par ce dernier au cours des siècles : une étude, donc, du christianisme dans la perspective de l’histoire du sujet. C’est l’historicité du sujet, non celle du christianisme en tant que tel qui serait au centre de la réflexion de Foucault. Ce constat, sans doute, est indiscutable, mais demande néanmoins à être nuancé, voire corrigé, pour deux raisons : d’une part, parce que Foucault, tout au long de ces années, approfondit sa recherche selon une démarche régressive qui le fait remonter, par étapes, des XVIe-XVIIe siècles (Contre-réforme tridentine) aux IVe-VIIIe (organisation du pastorat, monachisme), puis aux Ier-IIIe (pratiques de véridiction) et, dans le dernier cours, au tout début du 1er (parrhesia) ; d’autre part, parce que ce parcours le conduit à poser avec insistance la question du « propre du christianisme » [1] par rapport aux autres formes de civilisation. Tout se passe donc, chez Foucault, comme si la mise en évidence d’une dimension particulière du christianisme disait en même temps quelque chose d’essentiel sur sa véritable nature en tant que phénomène historique. C’est pourquoi il nous paraît légitime de nous demander quelle histoire du christianisme découle de la problématique développée et sans cesse retravaillée par Foucault dans les dix dernières années de son enseignement.

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With thanks to Colin Gordon for this link

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