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News and resources on French thinker Michel Foucault (1926-1984)

‘Contre les peines de substitution’

Comment
Didier Eribon’s comment below is not strictly speaking about an error of translation. It draws attention to a title given by a journalist in French to one of Foucault’s articles which misrepresents the content of that article. This title has then led to problems of interpretation in some texts such as James Miller’s biography of Foucault.

Didier Eribon
On trouve d’autres contresens, aussi énormes, dans le livre de James Miller. Quand il commente, par exemple, un article de Foucault sur l’abolition de la peine de mort en France en 1981. Le texte de Foucault dans Libération est intitulé: ‘De la necessité de mettre un terme à toute peine’ (Libération, 18 septembre 1981). Miller commente: ‘Foucault urges his readers to consider abolishing all forms of punishment.’ ‘Foucault appelle ses lecteurs à envisager l’abolition de toute forme de châtiment.’) Miller souligne le mot all pour faire partager son étonnement devant la radicalité d’un tel propos. Et il conclut par cette remarque : ‘ Etant donné l'”hypothèse nietzschéenne” de Foucault sur le rôle du châtiment […] c’était peut-être la seule position honnête qu’il pouvait prendre.’ (James Miller (1993), The passion of Michel Foucault, New York, Simon & Schuster, p. 329.) Malheureusement pour la belle cohérence de son interprétation, il s’agit tout simplement d’une magistrale erreur dans la traduction qu’il donne de ce texte. Que veut dire Foucault? Il a milité en faveur de l’abolition de la peine de mort et se réjouit qu’elle soit sur le point d’être votée par le parlement. Mais, il entend combattre l’idée de ‘peine de substitution’. Il écrit, à la fin de son article: ‘Poser que toute peine, quelle qu’elle soit, aura un terme…’ C’est-à-dire qu’il faut fixer une fin à toute peine d’emprisonnement et ne pas remplacer la peine de mort par des condamnations à perpétuité. Le titre de l’article, sur lequel Miller appuie son interprétation, n’est pas de Foucault lui-même. Il a été donné par un rédacteur en chef de Libération et Foucault en était fort mécontent, car il se demandait si cette formulation ne risquait pas de prêter à confusion auprès d’esprits malveillants. On admirera sa clairvoyance. Dans, les Dits et écrits de Michel Foucault (Paris, Gallimard, 1994), le titre a été remplacé par: ‘Contre les peines de substitution’, ce qui est plus exact, mais les éditeurs auraient dû signaler que l’article avait d’abord été publié sous un autre titre. (Cf t. 4, texte no. 300.)

Didier Eribon. (1994). Michel Foucault et ses contemporains, Paris: Librairie Arthème Fayard, p. 27, n.2.

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